BIO

Dessin "La Part du Loup" - Florian Poulin ,  2020 (Collection privée)
"La Part du Loup" - Florian Poulin , dessin de 2020 (Collection privée)

 

Né à Saint-Etienne en 1983, vit et travaille à Saint-Etienne (France)

 

 

Florian Poulin s’est formé à Saint-Etienne, d'abord à l’Ecole des Beaux-Arts de 2002-2003, puis obtient son Master 2 en Faculté d’Arts Plastiques en 2008. À ses débuts, il s’attache aux travaux d’Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Francis Bacon, Osman Sow; plus tard à ceux de Matthew Barney, Kader Attia, Assan Smati…

 

Sa pratique expérimente les matériaux du bâtiment, de l’industrie, issus de la récupération. Attaché à ce que l’Homme a pu être, à ce qui le détermine et à ce qui le fait muter, Florian Poulin refuse de figer sa pratique dans un art conceptuel, de répondre à un style attendu, ou de séduire par une esthétique inscrite dans la tendance. Il se qualifie lui-même d'artiste moderne d'aujourd'hui.

 

En 2015, sa première exposition sera collective à FLUX LIBRE, dans ce lieu alternatif privé qui échappe aux institutions, non loin de Saint-Etienne. Avec une seule œuvre présentée, sa première sculpture est grande. On parle du « Géant ». Malgré ses trois mètres de hauteur, Naissance est à la fois très présente et très seule. Dans ces anciens murs au passé industriel il y découvre ce qu’implique l’exposition au public d’un travail intime. Sa pratique navigue du dessin à la sculpture. Parfois il réalise des installations éphémères comme à l’occasion de la Biennale Internationale du Design à Saint-Etienne en 2017, avec  Jour J .

 

Quelques séjours, à Venise, à Londres, à Milan, à Florence et dans les campagnes italiennes et françaises, suffiront à lui procurer le gout de la découverte. Chaque déplacement lui permet de pousser les portes des galeries étrangères ou des lieux historiques pour y expérimenter d’autres dispositifs de présentation, d’autres histoires, d’autres façons d’exposer ou de rendre compte, de transmettre, parfois de faire face au néant des paysages. Ses « intuitions » sont nées de cette envie « d’autre chose ».

 

Paradoxalement, par facilité et comme pour « se rassurer », son premier atelier dans une ancienne grange familiale, est situé sur sa terre natale stéphanoise. Il y travaille de 2008 à 2014. Puis Florian Poulin ressent le besoin de "couper le cordon" et s’installe dans un atelier implanté en zone mixte habitations/zone industrielle à l’entrée ouest de Saint-Etienne. Ce nouvel espace qui donnait directement dans la rue, lui offre de nombreuses rencontres spontanées, l’interrogation de passants, et des échanges tout simplement humains : ces visites d’atelier informelles devenues habituelles, sont des opportunités de travailler une médiation improvisée et directe ; souvent interpellé sur le vif par un public plus ou moins initié et surpris. Ce quotidien, basé sur le relationnel et les liens créés avec les autres professionnels du quartier, lui permet de se tourner vers d’autres techniques.

 

De 2010 à 2017, Florian Poulin expérimente en autodidacte les techniques de moulage. Après s'être familiarisé avec les polymères et les types de moulages, l'unicité du creux perdu, il s’oriente vers l’assemblage de l’acier. En 2018, son besoin d’indépendance technique le pousse à apprendre la soudure auprès de son voisin carrossier. Peu à peu, des œuvres exclusivement faites d'un métal apparent sont produites. Désormais, bois, béton, résine, métal, tissu, sont travaillés, déformés, modelés par l’artiste plasticien, et donnent naissance à un art actuel expressionniste et figuratif ancré dans une véritable dynamique contemporaine.

 

En 2018, il déménage son atelier quelques bâtiments plus loin. "Underground"... Plus spacieux, mieux adapté, l'atelier est situé dans les sous-sols d'une usine, tout un symbole... Discret, la configuration de ce nouvel espace de travail lui permet de retrouver l’huis-clos qui lui manquait. Le sujet et le vécu sont revenus au cœur de sa pratique. La démarche s’affirme et les œuvres se lient de façon beaucoup plus évidente. Florian Poulin questionne la filiation, la transmission, en leur sens le plus intime jusqu’au plus large.

 

Depuis mai 2020, Florian Poulin est soutenu par EFG ART basée à Londres. Cette entreprise soutient les artistes de la sphère artistique émergente. Elle cofinance et promeut leur travail à l’internationale : à Londres et à Milan entres autres. Chaque année, un nombre limité de projets d’exposition sont sélectionnés pour être impulsés, avec une approche sur mesure à travers un réseau de galeries et d'entreprises, de musées et d'espaces publics, traitant exclusivement avec des conservateurs d'art et des critiques.

 

 

Au début

 

Un tableau en particulier a marqué son enfance. Lors d’une visite scolaire au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne à l’âge de huit ans, il découvre une huile sur toile d’Yves Tanguy. Mains et gants, se rappelle-t-il, lui a permis « d'entrer pour la première fois dans une œuvre », dans un monde autre, dans une dimension inédite qui lui apparaît à la fois si proche de la réalité, et si étrange. Ces formes organiques, ces ombres qui creusent la toile, convoquent des ambiguïtés surréalistes entre le dedans et le dehors, entre « ce qui tient et ce qui dégouline ». La véritable première « intuition » provient de cet instant ;  « Dans et par chaque matière, il y a autre chose à percevoir, à montrer, à faire resurgir ».

 

Son travail est imprégné de ce réel réinterprété, sans jamais trop s’éloigner de ses référents qui l’entourent : l’Homme, l’Animal et le Végétal. Aux Beaux-Arts, il se souvient tenter de « sculpter de son crayon ces corps-modèles », sans jamais parvenir à saisir les expressions de ces visages neutres, leurs caractéristiques, ces visages qu’il dit « rater systématiquement ». Sans volonté de sa part, il les déforme, il les « bâcle », les « griffe » jusqu’à les « tordre » et finit par « esquiver » la représentation académique.

 

  

Ses sculptures

 

Après avoir longtemps « trituré les supports plats », l’artiste se sent plus à l’aise et plus libre en sculptant le volume. « Le combat est le même mais le ring est infiniment plus grand ». Comme en dessin, l’observation et la construction se font en parallèle.

 

On comprend que l’artiste explore autant la forme, la matière, que l’expression et son sens. Il se place lui et sa sculpture dans un espace commun, avec les mêmes incertitudes et les mêmes contraintes. Ainsi, il crée des volumes souvent imposants qui l’engagent physiquement. Un homme est son sujet récurrent: il le décline sous différentes esthétiques. Parfois il n’en apparaît qu’une allégorie à travers ses « loups » qui n’en sont plus vraiment. D’œuvre en œuvre, le sujet est en constante mutation, il disparait et réapparait différemment.

 

 

La création devient créature avec son lot de monstruosité, de bestialité, d’interprétation et d’empathie. L’animal imaginaire ressemble mais n’est pas. Il effraye autant qu’il touche. Florian Poulin fait rapidement référence aux histoires populaires de son enfance. 

 

« Gepetto confectionne une marionnette qui devient un véritable enfant lorsqu’elle est confrontée au monde »

 

À l’atelier, le plasticien tire les ficelles tant qu’il le peut. Quand il expose son travail, les liens intimes se rompent brutalement et « ne se fait pas sans violence ». Les thèmes abordés de la paternité et de la filiation ornent son œuvre d’un vécu indissociable. La sculpture vit une seconde vie parce qu’elle est vue et éprouvée par le public. La violence, la puissance, l'explosivité, voire l'agonie, la soif de vie de ces créatures, sont accentuées par les grandes dimensions de ses créations.

 

 

O.M