Né à Saint-Etienne en 1983, Florian Poulin est un artiste plasticien issu d’une formation brève à l’Ecole des Beaux-Arts en 2002-2003 puis à la Faculté d’Art Plastique dont il sort diplômé en 2008. À ses débuts, il s’attache au travail d’Alberto Giacometti ou encore Pablo Picasso, Francis Bacon ; puis par la suite, à celui d’Assan Smati, Kader Attia… Son travail personnel démarre véritablement après deux années à se chercher... Il s’éloigne du dessin, une pratique "trop présente" au cours de son cursus scolaire et universitaire. Son travail intrigue par son manque de liaison entre les productions, on lui reproche son manque de style reconnaissable. Sa pratique s’éparpille comme pour expérimenter les matériaux au lieu de créer avec eux. Il lui faudra quelques cinq années pour retrouver ce qu’il appelle « l’intuition ». Attaché à ce que l’Homme a pu être, ce qui le détermine et ce qui le fera muter, Florian Poulin refuse de figer sa pratique dans un art conceptuel, de répondre à un style attendu, ou de séduire par une esthétique inscrite dans la tendance.

 

En 2015, sa première exposition sera collective, dans un lieu alternatif privé qui échappe aux institutions, non loin de Saint-Etienne. Avec une seule œuvre présentée, sa première sculpture est grande. On parle du « Géant ». Malgré ses trois mètres de hauteur, Naissance est à la fois très présente et très seule. Dans ces anciens murs au passé industriel, il y apprécie la liberté scénographique et l’absence de commissaire d’exposition. Il participe à trois reprises à ces rendez-vous annuels avec de nombreux autres artistes locaux. Il découvre également ce qu’implique l’exposition d’un travail intime au public. Cette liberté lui permet de faire évoluer sa pratique qui navigue du dessin à la sculpture. Parfois il réalise des installations éphémères comme à l’occasion de la Biennale Internationale du Design à Saint-Etienne en 2017, avec Jour J.

 

Quelques séjours, à Venise, à Londres, à Milan et dans les campagnes italiennes et françaises, suffiront à lui procurer le gout de la découverte. Chaque déplacement lui permet de pousser les portes des galeries étrangères ou des lieux historiques pour y expérimenter d’autres dispositifs de présentation, d’autres histoires, d’autres façons d’exposer ou de rendre compte, de transmettre, parfois de faire face au néant des paysages. Ses « intuitions » sont nées de cette envie « d’autre chose ».

 

Paradoxalement, par facilité et comme pour « se rassurer », son premier atelier est situé dans une ancienne grange situé à proximité de sa terre natale stéphanoise, dans une propriété familiale. Il y a travaillé de 2008 à 2014. Puis Florian Poulin a ressenti le besoin de couper le cordon et s’installe dans un atelier situé en zone mixte habitations/zone industrielle à l’entrée ouest de la Ville. Ce nouvel espace qui donnait directement dans la rue, lui valait de nombreuses rencontres, des interrogations des passants, et des échanges spontanés : ces visites d’atelier informelles devenues habituelles, sont des opportunités de travailler une médiation improvisée et directe ; souvent interpellé en pleine création par un public plus ou moins initié et surpris. Ce quotidien basé sur le relationnel humain et les liens créés avec les autres professionnels du quartier lui permettront de se tourner vers d’autres techniques.

 

De 2010 à 2017, Florian Poulin expérimente en autodidacte les techniques de moulage. Après avoir appris à maîtriser les polymères ou le moulage à creux perdu, sa curiosité l’oriente vers l’assemblage de l’acier. En 2018, son besoin d’indépendance technique l’a poussé à apprendre la soudure auprès de son voisin carrossier. Peu à peu, des œuvres exclusivement faites de métal sont produites. Désormais, bois, béton, résine, métal, sont travaillés, déformés, modelés par l’artiste plasticien, et donnent naissance à un art actuel expressionniste et figuratif ancré dans une dynamique contemporaine.

 

En 2018, il déménage son atelier quelques bâtiments plus loin. "Underground"... Plus spacieux, mieux adapté, l'atelier est situé dans les sous-sols d'une usine, tout un symbole... Discret, la configuration de ce nouvel espace de travail lui permet de retrouver le huis-clos qui lui manquait. Le sujet et le vécu sont revenus au coeur de sa pratique. La démarche s’affirme et les œuvres se lient de façon beaucoup plus évidente. Florian Poulin questionne la filiation, en son sens le plus intime jusqu’à son sens le plus large.

 

Depuis mai 2020, Florian Poulin est soutenu par EFG ART basée à Londres. Cette entreprise soutient les artistes de la sphère artistique émergente. Elle cofinance et promeut leur travail à l’internationale : à Londres et à Milan entres autres. Chaque année, un nombre limité de projets d’exposition sont sélectionnés pour être impulsés, avec une approche sur mesure à travers un réseau de galeries et d'entreprises, de musées et d'espaces publics, traitant exclusivement avec des conservateurs d'art et des critiques.

 

 

Ses dessins

Un tableau en particulier a marqué son enfance. Lors d’une visite scolaire au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne à l’âge de huit ans, il découvre une huile sur toile d’Yves Tanguy. Mains et gants, se rappelle-il, lui a permis de « rentrer pour la première fois dans une œuvre », dans un monde autre, dans une dimension inédite qui lui apparaît à la fois si proche de la réalité, et si étrange. Ces formes organiques, ces ombres qui creusent la toile, convoquent des ambiguïtés surréalistes entre le dedans et le dehors, entre « ce qui tient et ce qui dégouline ». La véritable première « intuition » est apparue à cet instant,  « il y a autre chose à percevoir, à montrer ».

 

Depuis cette visite, Florian Poulin se répète que l’art permet cette imagination unique et infinie. Son travail est imprégné de ce réel réinterprété, sans jamais trop s’éloigner de ses référents qui l’entourent : l’Homme, l’animal et le végétal. Aux Beaux-Arts, il se souvient réussir à « sculpter de son crayon ces corps-modèles », sans jamais parvenir à saisir les expressions des visages, leurs caractéristiques, ces visages qu’il dit « rater systématiquement ». Sans volonté de sa part, il les déforme, il les « bâcle », les « griffe » jusqu’à les « tordre » et finit par « esquiver » la représentation académique.

 

« J’avais beau essayer de convaincre le dessin, l’expression des visages ne voulaient pas apparaître naturellement sur le papier. En fait et sans le savoir, l’espace du papier ne me suffisait déjà plus. Je m’acharnais avec mon crayon et ma gomme à sculpter le papier. Je détériorais autant le papier que le visage des modèles qui posaient. Le papier était creusé et laissait une trace définitive d’une lutte perdue d’avance. Cela ne ressemblait en rien à ce que j’avais sous les yeux. C’était surtout en moi. L’expression n’était pas la leurs, mais la mienne. J’éprouvais ce qui se cassait la gueule ».

 

Le bataille entre l’ombre de la mine du crayon et la lumières blanche du papier donnent à voir des dessins aux petits formats très contrastés, souvent sans couleur ou très peu. Ses dessins sont des simulacres de sculptures. Ils servent parfois de ring de boxe, où il se confronte à ses lacunes techniques. Il s’imagine tourner autour de la forme avant de les « vérifier en vrai » en créant un volume.

 

Ses sculptures

 

Après avoir longtemps « trituré les supports plats », l’artiste se sent plus à l’aise, plus libre en sculptant. « La combat est le même mais la taille du ring est infiniment plus grande ». Comme en dessin, l’observation et la construction se font en parallèle. Plus la taille de la sculpture est grande, plus elle a de chance d’être déstabilisée voire fragilisée.

 

« Pour que cela tiennent debout, il faut tenir compte d’un équilibre structurel. Sinon, ça se casse la figure, ça s’affaisse, ça s’écrase. Face à l’œuvre, je refuse de perdre. Si l’œuvre tombe, je serais le seul perdant ».  

 

On comprend que l’artiste explore autant la forme que l’expression et son sens. Il se place lui et sa sculpture dans un espace commun, avec les mêmes incertitudes et les mêmes contraintes. Ainsi, il crée des volumes souvent imposants qui l’engagent physiquement. Un homme semble être son sujet récurrent. Il le décline sous différentes esthétiques. Parfois il n’en apparaît qu’une allégorie à travers ses « loups » qui n’en sont plus vraiment. D’œuvre en oeuvre, le sujet est en constante mutation .

 

La création devient créature avec son lot de monstruosité, d’interprétation et d’empathie. L’animal imaginaire ressemble mais n’est pas. Il effraye autant qu’il touche. En échangeant avec lui, l’artiste fait référence aux histoires populaires de son enfance. « Gepetto confectionne une marionnette qui devient un véritable enfant lorsqu’elle est confrontée monde ». À l’atelier, Florian Poulin tire les ficelles tant qu’il le peut. Quand il expose son travail, les liens intimes se rompent brutalement et ne se fait pas sans violence. Les thèmes abordés de la paternité et de la filiation, ornent son œuvre d’un vécu indissociable. La sculpture existe parce qu’elle est vue et éprouvée par le public. Les grandes dimensions de ses sculptures en sont une première raison. Ainsi, la violence, la puissance, l'explosibilité, voire l'agonie de ces créatures ne peuvent laisser impassible.

 

 

Ses peintures

Comme dans ses sculptures, la finesse des détails sont inégales. Les traces du questionnement peuvent encore émerger. Les traits de constructions sont quelques fois très présents et laissent deviner une chronologie dans le processus de création et de réflexion. L’inachevé, de la Tête fait écho à ce qui n’a pas besoin d’être montré. De la même manière, Florian Poulin présente quelques toiles non achevées, issues de recherches plutôt que d’une représentation absolue et imposée.

 

O.M